Club sandwich mayonnaise : une pièce qui questionne le consensus québécois sur l’aide médicale à mourir
- Ariane Plaisance
- 13 avr.
- 3 min de lecture

Crédit photo: Maxime Côté
Présentée à l’Usine C du 8 au 18 avril 2026, Club sandwich mayonnaise de Manuelle Légaré, produite par Porte Parole, s’inscrit dans la tradition du théâtre documentaire. La pièce prend appui sur une expérience personnelle : le décès du père de l’autrice, l’humoriste Pierre Légaré, par aide médicale à mourir (AMM) en octobre 2021. À partir de cet événement, Manuelle Légaré entreprend une démarche d’enquête à la fois intime et collective. Elle propose ainsi une œuvre à la frontière entre récit autobiographique et enquête sociale, dans un contexte où la mort peut désormais être planifiée.
Cette semaine, la pièce a suscité une ample couverture médiatique. Les critiques convergent sur un point : il s’agit d’une œuvre marquante à ne pas manquer. Toutes les représentations sont maintenant à guichets fermés. Toutefois, une tournée panquébécoise vient d’être annoncée au printemps 2027.
Dans Jeu revue de théâtre, le critique Philippe Couture souligne avec justesse que la pièce « ose briser le consensus » entourant l’AMM au Québec. Il met en évidence le fait que l’œuvre rouvre un débat que plusieurs considéraient comme réglé. Dans Pieuvre.ca, le critique Hugo Prévost avance une lecture similaire en affirmant que la pièce s’attaque à une forme de
« vache sacrée qu’il est interdit de remettre en question » dans le paysage québécois. Selon lui, l’œuvre a le mérite de remettre en circulation des questions qui tendent à être évacuées du débat public. Dans La Presse, les critiques de Luc Boulanger et Patrick Lagacé insistent sur la puissance du récit personnel qui structure la pièce. Ils décrivent la mort du père de l’autrice comme une expérience troublante, marquée par la rapidité du processus et par un certain vertige émotionnel. Puis Nathalie Collard toujours dans La Presse souligne qu’il est tout à fait sain et nécessaire de poser des questions alors que les hôpitaux tombent en ruine et que les personnes âgées sont perçues (ou se perçoivent elles-mêmes) comme un fardeau, tout en se disant heureuse de vivre dans une société qui permet l'AMM.
Du côté du 98.5 FM, la chroniqueuse Catherine Brisson adopte une lecture empathique. Elle indique que la pièce est d’une « grande humanité » et met en lumière la manière dont elle rend visibles les émotions vécues par les proches, notamment la difficulté d’intégrer une décision qui, bien que souvent acceptée, demeure déstabilisante. Dans Urbania, le journaliste Jean-Philippe Cipriani reprend cette idée en soulignant que la pièce explore le malaise qui persiste lorsque la décision de recourir à l’AMM semble précipitée, comme ce fut le cas pour sa propre mère. Dans Babill’art Montréal, le critique Marc-Yvan Coulombe souligne que la pièce présente avec éloquence des données statistiques sur l’AMM. Il avance également que la pièce oscille entre une démarche documentaire et une expression subjective, sans toujours réussir pleinement l’intégration de ces deux dimensions. Dans l’émission Tout peut arriver diffusée sur Radio-Canada OHdio, les critiques Nicolas Tittley et Helen Faradji proposent une analyse nuancée de la pièce. Ils reconnaissent la force du dispositif scénique et l’impact émotionnel de l’œuvre, tout en soulevant certaines réserves quant à sa construction et à sa posture critique.
Sur le site de Vivre dans la Dignité, la pièce est présentée comme une expérience théâtrale qui alimente une réflexion critique sur les enjeux entourant l’AMM et l’accès aux soins palliatifs. L’organisation y voit une occasion de maintenir ouvert un débat essentiel.
Pris ensemble, ces critiques révèlent une tension centrale : il est possible d’adhérer à l’AMM tout en étant profondément déstabilisé par son expérience individuelle et collective concrète. Club sandwich mayonnaise ne cherche pas à résoudre cette tension, au contraire. Elle montre que derrière un consensus social apparemment solide se cachent des incompréhensions, des ambivalences et des zones d’inconfort qui devront nécessairement être adressées dans les prochaines années.





Commentaires